02.05.2009
.La vieille.

Voilà un peu plus de 7 mois que je suis ici.
Je prends le métro à peu près tous les jours. C'est bien la seule habitude que j'ai.
Et c'est aussi le seul endroit où je peux marcher en regardant mes pieds, en regardant le plafond, en regardant les pubs laides tout en sachant où je vais, où est ce que je dois tourner. C'est un parcours que je connais par coeur. Je sais quel couloir prendre pour "gagner du temps", quel "passage interdit" transgresser pour aller encore plus vite. Je sais à quel niveau du quai je dois me placer pour ne pas avoir à attendre que les gens marchent ou laissent de la place pour les doubler et ainsi sortir plus vite. Vite vite vite. Parce que tout est une question de temps. Mais on s'en fout.
Dans mon métro, ou du moins dans les lignes que je prends vraiment régulierement, je sais donc où tourner sans regarder. Mais je sais aussi qui sera derriere le prochain tournant. Je sais qui sera dans le métro à faire la manche selon l'heure de la journée. Parfois ils n'y sont pas. Mais soit. Chaque station, chaque ligne a son lot d'habitués. Clochards, visages, bière, odeur.
Il y a cette vieille. En bas de l'escalier quand tu vas vers La Courneuve, à Place d'Italie. La vieille en noir. On voit ses cheveux blancs, sa peau mate. Elle te voit arriver, assise en bas des escaliers. Elle tient un gobelet en carton dans sa main. Elle te voit et elle commence à te parler. Enfin à faire des bruits. "Ah Madame..." le reste, tu ne le comprends pas. Elle agite doucement son gobelet. Quand tu es finalement passé devant elle, il me semble qu'elle te souhaite une bonne journée. Mais moi je m'imagine qu'elle est une vieille gitane. Je m'imagine qu'elle nous jette des sorts, à nous tous les parisiens et parisiens temporaires. Je la vois fredonner. A moi elle me jette des sorts. A toi. T'as pas voulu lui donner une pièce. Elle t'insulte une fois. Puis si tu es un habitué, elle te maudit les fois suivantes, jusqu'au jour où elle te touche, parce que tu passes près d'elle, trop près. Elle t'agrippe. Tu te penches vers elle, essaies de te libérer, mais elle te tient avec ses mains de vieille gitane jeteuse de sort. Elle te tient et te regarde. Noir. Elle chuchotte, une voix aigue. Elle plisse les yeux. Te fixe. Entre ses dents sales, tu vois sa langue de serpent qui siffle. Elle t'a piégé. Une fois libéré, tu continues ton chemin un peu perturbé. Tu penses que tout va bien. Mais oui. Tu te retournes et tu la vois parler. Elle continue à te regarder. Un sourire malsain sur le visage.
Elle t'a juste souhaité la mort. Le malheur. La peine. Elle t'a maudit.
Ce canon de beauté passé plus tot dans la matinée à coté d'elle. Condamné à gonfler, quoi qu'il advienne. "Tes hanches enfleront ma fille!"
Ce beau jeune homme qui l'a à peine regardée. Condamné à avoir les dents qui pourrissent et tombent. Une par an, pour la forme.
...
Enfin peu importe ce qu'elle nous jette comme sort. Ou ce qu'elle ne nous jette pas.
listenin to: Skindred (et je me prépare pour les voir au Palais)
pics:le mauvais oeil.. Non je ne diverge pas des yeux.
Ce soir je garde mon petit chat. Elle a dit tata. Et elle est cro cuioute.
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